Artistes en confinement

Le samedi 18 avril, l’initiative lancée par Lady Gaga a donné lieu à un événement planétaire qui a été massivement relayé par les médias.

One World : Together at home a fédéré des artistes aussi prestigieux que les Rolling Stones, Paul McCartney, Billie Eilish, Camila Cabello, Pharrel Williams, John Legend, Jennifer Lopez, Alanis Morissette, ainsi que, pour la francophonie, Angèle, Christine and the Queen et Céline Dion…

Sara Oswald

Je ne vais pas m’attarder sur les plus de huit heures de show, que je n’ai pas regardé dans son intégralité, et où la musique n’a pas toujours été correctement mise en valeur. Ce n’est pas l’essentiel de ce projet.

Cela m’a rappelé les événements du Live Aid (1985) et du Live Eight (2005) avec quelque chose de moins spontané (dans ce que peut être une prestation live) et surtout moins produit (puisque les musiciens ont souvent fait avec les moyens à disposition).

Depuis le début de cette pandémie on a pu voir fleurir sur les réseaux sociaux de nombreuses initiatives de musicien-ne-s.

Ainsi des artistes comme Radiohead, Neil Young ou encore Bruce Springsteen ont ouvert leurs archives pour offrir gratuitement des prestations live déjà enregistrées. On a également vu le Boss se muer en DJ le temps d’une journée sur E-Street Radio.

D’autres ont écrit ou ont détourné des chansons spécialement pour l’événement : on pense à Bono, à Calogero, à La Grande Sophie, à Florent Pagny associé à Pascal Obispo et Marc Lavoine, ou même à Jean-Jacques Goldman –  qui n’avait plus chanté depuis 2002.

Du côté de la musique classique, il y a également eu un nombre important de prestations, comme celle de l’Orchestre du Théâtre National Serbe (qui a repris Bella ciao en hommage au peuple italien) ou celle de l’OSR qui proposait une interprétation à distance du Bolero de Ravel tout en profitant de l’occasion pour offrir en streaming – en collaboration avec la RTS – des concerts préenregistrés.

En Suisse, Eric Linder alias Polar a publié sur Soundcloud la chanson Quarantine. Et on a vu les artistes romands s’associer pour reprendre un morceau de Barbara.

Notons également au chapitre des œuvres caritatives, l’action «Alors on donne» où des artistes de toute la Suisse vendent aux enchères des concerts, des stand-up, des objets, des services, etc. au profit de la Chaîne du bonheur.

Beaucoup d’artistes ont ressenti le besoin de s’exprimer durant ce confinement et sont allés jusqu’à ouvrir les portes de leur domicile. On peut mentionner ici Mathieu Chedid – M –, Francis Cabrel, les Ogres de Barback, Giédré, et Henri Dès. Sophie Ellis Bextor a même transformé sa cuisine en dancefloor disco. Je relève ici la très jolie prestation de Curt Smith (Tears for Fears) accompagné de sa fille, qui ont repris Mad world.

Des humoristes ont poussé la chansonnette de manière fort efficace. Il y a eu Yann Lambiel détournant une chanson de Claude François et surtout deux chansons du 120 Secondes/Minutes : Corona et Sans public.

Sans public, c’est comme cela que certain-e-s se sont exprimé-e-s. Il y a eu David Guetta en direct d’une terrasse de Miami pour près de deux heures de show. Tryo a donné pour son 25e anniversaire un concert en direct sur Facebook et il y a eu aussi eu Dropkick Murphys, Jean-Louis Aubert, Sophie Hunger. Et plus près de nous, Orage 808 et Azur 3000 ont donné des concerts aux Bains des Pâquis.

Notons également l’initiative Résiliences sonores : Bongo Joe Records, Le Zoo, La Gravière qui se sont associés à WAV33 pour inviter des DJs, le temps d’une heure quotidienne en livestream.

Que ce soit par conviction ou simplement par un besoin évident de partager quelque chose avec leur public, voici quelques-unes des initiatives qu’on a pues voir durant le confinement.

Avant de terminer je relève ce manifeste un peu à part de Charlotte Gainsbourg qui nous invite à nous poser des questions sur l’avenir de notre planète.

Pour conclure, je trouve important de rappeler que tous ces élans de solidarité et de générosité ne doivent pas nous faire oublier que la musique est un produit et qu’elle n’est pas gratuite. N’oublions pas que le métier de musicien-ne-s, est devenu pour beaucoup un métier précaire. La rémunération misérable qu’offrent les plateformes en streaming n’a pas amélioré leur condition. Et si les artistes n’ont plus la possibilité de se produire en public, leur situation devient dès lors catastrophique.

Ainsi l’a rappelé Sara Oswald (violoncelliste lausannoise) à l’émission Paradiso du 19 avril sur RTS – La Première où elle explique qu’elle donne des concerts privés via skype, moyennant une rémunération, parce que, dit-elle, elle a un loyer à payer…

Je vous invite également à réécouter l’interview de Jocelyne Rudasigwa dans l’émission Paradiso du jeudi 24 avril. Elle y parle de la défense des artistes notamment à travers l’association Sonart.